Au début du mois de juillet, Sony annonçait sans aucune forme de cérémonie la fin des disques pour les jeux PlayStation. En effet, à partir de janvier 2028, les jeux sortant sur la console japonaise n’auraient plus de version physique, et seraient uniquement achetables en ligne via le PlayStation Store en ligne, ou alors via des codes mis dans des boîtes.
On vous expliquait alors toutes les raisons pour lesquelles c’était une mauvaise nouvelle : droit à la propriété, préservation culturelle, mort de la seconde main et de l’occasion… Mais l’argument qui a le plus déchaîné les passions était bien plus économique : celui du monopole.
Et depuis l’annonce, on observe aussi d’autres phénomènes découlant directement de l’annonce, sans oublier toute la cascade de spéculation qu’elle engendre. Tentons d’en faire le point.
L’UE (pas) à la rescousse
Vu la position de l’Union Européenne sur les sujets de protection du consommateur, beaucoup espéraient voir l’institution réagir, pour au moins tenter de faire bouger les choses par chez nous.
Mais l’UE n’est à priori pas en mesure de faire grand chose. Beaucoup d’avocats et de personnes baignant dans le milieu légal se sont exprimées sur la question et le consensus semble être le suivant : tout ce qui touche au droit à la propriété est malheureusement inamovible en l’état, mais l’UE a plusieurs recours pour au moins diluer le monopole.

Comme l’explique Michael McGrath, le commissaire européen chargé de la protection des consommateurs au Irish Mirror, rien ne peut vraiment forcer PlayStation à rendre ses consommateurs « propriétaires » des jeux dématérialisés. On le rappelle mais acheter un jeu en ligne vous offre techniquement une licence d’utilisation, pas le jeu en tant que tel. Et cette licence peut être révoquée par son pourvoyeur pour tout un paquet de raisons.
Mais là, le sujet touche aussi au droit à la propriété intellectuelle. Hors Sony et PlayStation, en tant que titulaire des ces licences, jouissent d’un droit exclusif sur ses créations. En comme toutes ces choses sont, comme le veut la Comission, stipulées dans les conditions d’utilisations, c’est tout bon.
Mais l’Union Européenne a un autre levier, celui du magasin en ligne, car c’est là que le monopole « a lieu » en quelques sortes. Une solution pour ré-équilibrer la balance pourrait être d’ouvrir la porte à d’autres stores en ligne avec différentes offres, redonnant un peu de pouvoir décisionnel au consommateur.
L’opinion publique gronde
Le sujet reste donc entier, mais cela n’empêche pas les joueurs de continuer d’exprimer bruyamment leur mécontentement.
L’annonce de PlayStation a été suivie de plusieurs jours de silence médiatique sur le compte « principal » de la marque, laissant amplement le temps la nouvelle de se propager, et de faire du post initial l’un des plus vus, et impopulaires, de la plateforme. On n’oubliera pas non plus les soldats sur le pied de guerre pour remettre encore et encore les notes de la communauté que Sony faisait désespérément sauter.
La planning normal a repris après presque une semaine, mais chaque nouvelle publication est désormais inondée de réponses. Si la forme des messages est toujours plus inventive, le fond reste le même : rendez les disques.
Cependant, plusieurs acteurs se retrouvent malheureusement pris dans les tirs croisés entre les joueurs et Sony. Chaque publication est utilisée comme une arme, invisibilisant parfois des jeux plus modestes. Quelques sorties ou annonces estivales ont été complètement occultées, en tout cas sur les réseaux, par l’opinion publique déchaînée sous chaque post de Sony. Encore une fois, les plus petits trinquent.
Mais malgré tout, près de 20 jours plus tard, dans notre monde qui adore passer d’une trend à l’autre, c’est notable. Plusieurs studios directement affiliés à PlayStation ont pris la parole plus ou moins directement sur le sujet. Santa Monica Studios, qui sort bientôt God of War Laufey, a par exemple pris le temps de confirmer sur X/Twitter que son jeu « aura un disque ». Naughty Dog (The Last of Us, Uncharted) a été un peu plus discret, mais a changé sa bannière pour une illustration représentant l’importance du support disque pour le jeu vidéo.
« Nous pouvons confirmer que God of War Laufey sera disponible sur disque. »
Et mieux, le sujet commence gentiment à être récupéré par des acteurs complètement externes au jeu vidéo.
Quelques marques ont parodié le post pour dire que les pizzas ou les nuggets de poulet seraient désormais vendus uniquement en dématérialisé. Des réseaux d’informations moins spécialisés ou plus mainstream ont aussi parlé plus d’une fois du sujet. Une pétition en ligne a réuni plus de 300 000 signatures.
Déjà perdu ?
Mais malgré tout ce bruit, PlayStation continue de faire comme si de rien n’était et à repris son rythme de croisière. La raison de cette sourde oreille est relativement simple : le retour en arrière n’est pas prévu.
Même malgré une campagne de désabonnement du PlayStation Plus, Sony ne compte pas changer d’avis. Comme l’a bien illustré le Docteur Serkan Toto lorsqu’interrogé par IGN, ce genre de mouvement n’est « qu’une goutte dans un océan ».
L’expert explique que même si 500 000 personnes résiliaient leurs abonnements, elles ne compteraient que pour 1% des quelques 50 millions d’utilisateurs du PS Plus. Et sont encore plus insignifiants parmi les 120 millions d’utilisateurs actifs de PlayStation. Et quoiqu’il arrive, le dématérialisé représente un trop gros pactole pour le sacrifier au profit d’une minorité d’acheteurs physiques.
Ce que ça dit sur le futur
Beaucoup ont aussi interprété cette mesure comme une annonce tacite de la prochaine console PlayStation. Si Sony ne produit plus de disques, il y a fort à parier que la « PS6 » n’aura aucune forme de lecteur. Adieu la rétro-compatibilité de vos jeux.
Et cette date de janvier 2028 indiquerait aussi que la même « PS6 » arrivera autour de cette période. Avec la crise de la RAM que subit le monde de la tech cette année, beaucoup s’attendaient à voir la dixième génération de console retardée.
PS5 et Xbox Series avaient déjà payé les pots cassés du minage de bitcoin et des NFTs, mais il semble que les décisionnaires soient prêts à reprendre la route, cette fois avec l’IA. Les prix de ces machines rendraient le jeu vidéo encore plus inaccessible qu’il ne le devient déjà.
Il suffit de voir les augmentation successives de tarifs d’une PS5, d’une Switch ou d’une Xbox qui sont annoncées régulièrement depuis 18 mois, ou encore le prix de la Steam Machine, un PC déguisé en console annoncé récemment, qui ne sera pas vendu pour moins de 1000€.
« Halo Campaign Evolved sort ce mois-ci 🔥
Apprenez-en plus sur le lancement dans notre dernière FàQ :
✅Disques physiques
✅Mode machinima
✅Optimisé pour le portable
✅Physique classique. »
Le disque devient un argument de vente.
La flambée du prix des consoles, doublées par le monopole du marché des jeux est de très mauvaise augure pour une industrie qui devrait déjà être en récession si elle ne se contentait pas de saquer à la pelle ses petites mains. (Et ne me lancez pas sur la perte de connaissance et de talent à moyen et long terme que ces vagues de licenciements entament).
La concurrence n’a pas non plus fier allure, en particulier Xbox. Le compte du remake de Halo qui sort cette semaine pavane en rappelant que le jeu sort sur disque, mais plusieurs insiders et fuites rapportent la même chose. Le Projet Helix, nom de la prochaine console Xbox, n’aura à priori pas de lecteur disque non plus.
Le tout digital est-il vraiment inévitable ? Si même les institutions n’ont pas le pouvoir d’agir avec autorité, la tâche échoit alors au consommateur de voter avec son portefeuille. Mais est-ce que l’énergie déployée par les internautes ces dernières semaines restera aussi vive lorsque l’ombre de Grand Theft Auto 6 viendra planer sur le PlayStation Store en novembre ?