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« PROFIT », la prématurée

« PROFIT », la prématurée

En  avril 1996, la chaîne FOX, qui diffuse déjà la série « The X Files » et « Les Simpson », tente un pari audacieux, diffuser un feuilleton dont le héros est le méchant. Un méchant vraiment méchant. Ainsi naquit « PROFIT », enfant illégitime de « Richard III » et du roman « American Psycho ».

Ironiquement, la série commence par des obsèques. Celles de Wayne Grisham, vice-président des Acquisitions dans la multinationale « Gracen &Gracen ». C’est la voix-off de Jim Profit (Adrian Pasdar, connu à l’époque pour un second rôle dans « Top Gun » et pour le film de vampires « Near Dark » de Katryn Bigelow) qui nous l’annonce. 

C’est sa voix qui nous sert de guide dans cet univers tortueux. 

Pourquoi dis-je ironiquement  ? Parce que c’est au bout de son premier quart d’heure que la série signe son arrêt de mort. Peu après l’introduction, Jim Profit arrive au bureau et sa secrétaire lui annonce qu’une femme l’attend dans son bureau. Il y entre, l’embrasse à pleine bouche puis réplique : 

« HI MOM... »

Stupéfaction chez les téléspectateurs. Les standards téléphoniques des locales de la FOX croulent sous les appels outrés des familles qui s’attendaient à une série novatrice mais, somme toute, classique. 

En effet, depuis quelques semaines, la chaîne diffuse une bande annonce mystérieuse : une araignée tissant sa toile sur un banc est écrasée par Adrian Pasdar qui la traite avec mépris et la traite d’amateur en souriant à la caméra . Le ton de ce teaser intrigue. Mais le coup de poing infligé par cette scène de baiser est le premier et dernier clou du cercueil de cette série. 

Pourtant, s’ils avaient attendu la fin de la coupure pub, ils auraient compris qu’il ne s’agissait que de la belle-mère de Jim Profit, et que c’est elle qui l’avait initié aux plaisirs de la chair quand il était adolescent (on est loin de « Game of Thrones »).

Seuls 4 épisodes ont été diffusés, sur les 8 produits (pilote compris).

En France, l’accueil est tout autre : Canal Jimmy la diffuse dans son intégralité et la série devient « culte ».

Ce qui fait sa force, c’est que le personnage principal, en dehors du mystère qui s’en dégage, n’est pas un méchant à la JR Ewing ou à la Frank Underwood. Il ne tue pas, et ne revendique jamais ses méfaits. Fin psychologue, il repère les faiblesses des ses adversaires, ou de ceux qui lui barrent la route vers les sommets, et les pousse à s’en servir contre eux-mêmes. Il ne fait qu’ouvrir les pièges qu’ils se sont tendus. Il le confie dans une de ses (nombreuses) voix-off, en parlant de ses employeurs : « Les Gracen sont riches, mais misérables… ». 

C’est un sociopathe, entouré de sociopathes, sauf que lui seul est au courant. 

Mais il n’est pas fondamentalement mauvais. Il a une échelle de valeurs. C’est un justicier, aussi,  mais surtout quand cette justice peut servir son ascension. Il va permettre à certains des personnages d’aller au delà de leurs traumatismes et d’affronter leurs démons. Sa secrétaire est un peu son apprentie. Même si elle ne soupçonne pas vraiment son patron d’être un monstre, elle sait qu’il est impitoyable (il va d’ailleurs immédiatement la faire chanter dès le premier épisode) mais qu’il agit aussi dans son intérêt à elle (s’il progresse, elle progresse). 

Il y a, bien entendu, de nombreux écueils à son ascension, comme la responsable de la sécurité Joanne Meltzer, qui va très vite découvrir qu’il n’est pas celui qu’il prétend être, mais Profit réussira toujours à retourner la situation à son avantage. Je vous en laisse juge pour ne pas trop rentrer dans les spoilers. 

Car au delà de l’ascension sociale, c’est surtout le besoin de retrouver une « famille » que ressent Jim Profit. En effet, on apprend très vite qu’il a été maltraité par son père, qui le faisait vivre dans un carton, en lui laissant les restes des repas pour seule nourriture. Et, ben évidemment, ce carton portait le logo de la « Gracen & Gracen ». Ce carton, c’était son seul refuge, avec la télévision. La seule vraie famille qu’il a connue.

Le Quatrième Mur

« Profit », c’est aussi une série qui prend le téléspectateur comme complice. Grâce à la voix-off, mais aussi parce que Jim brise le quatrième mur en s’adressant directement à la caméra pour donner l’impression qu’il est conscient que le monde qui l’entoure n’est qu’une scène de théâtre sur laquelle il pourra étendre toute son influence. Il donne, en quelque sorte, les trucs et astuces de la survie dans le monde des multinationales : être le loup qui murmure à l’oreille du chef de meute. Il ne veut pas être le « Roi », mais celui qui tire les ficelles dans l’ombre. Il place ses pions sur l’échiquier et laisse la partie se dérouler sous ses yeux et les nôtres.

Épitaphe

Malheureusement, l’ascension a été stoppée net par la FOX. Par peur de choquer encore plus les téléspectateurs. Mais sans elle, nous n’aurions pas eu des séries comme « Dexter », « Breaking Bad » ou même le remake de « House of Cards » par Netflix. D’ailleurs, dans une interview donnée à Canal Jimmy, les créateurs de la série ont confié qu’ils auraient voulu donner un destin politique à Jim Profit, si elle n’avait pas été débranchée aussi tôt. Il a été aussi question de faire revenir Adrian Pasdar pour un rôle similaire dans la série « Angel ». Sans suite.

Même si elle a mal vieilli sous certains aspects, la série « Profit » mérite un coup d’oeil appuyé. Ne serait-ce que pour les épilogues de chaque épisode, où le héros fait le bilan de sa dernière manipulation, sous la forme d’une petite morale offerte aux téléspectateurs. 

Good Night

Puis il se blottit, seul dans le noir, dans ce carton qui lui a servi de refuge pendant toute sa vie. Son regard se tourne vers la caméra et nous souhaite une bonne nuit, comme si nous étions, en réalité, sa seule et vraie famille. 

                                          

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