Il y a des soirées qui marquent. Celle du 20 février 2026 en fait partie. Perché sur le plateau Longchamp, dans le 4e arrondissement de Marseille, l’observatoire centenaire a ouvert ses coupoles pour une séance d’observation nocturne à couper le souffle. Jupiter, Saturne, la Lune, des amas d’étoiles… et une longue conversation sur la vie extraterrestre avec un passionné de l’équipe Andromède. Retour sur une expérience rare, à la portée de tous.

Une institution astronomique vieille de plus de trois siècles
L’Observatoire de Marseille est l’un des plus anciens de France. Sa fondation remonte à 1702, à l’initiative des Jésuites qui l’installèrent dans le quartier du Panier. Successivement rattaché au ministère de la Marine, à l’Académie de Marseille, au Bureau des Longitudes, il intègre finalement l’Université d’Aix-Marseille en 1899.
Au début des années 1860, l’observatoire est transféré sur le plateau Longchamp pour accueillir de nouveaux instruments plus puissants, dont le célèbre grand télescope de Foucault. C’est l’architecte Henry Espérandieu (1829-1874), également auteur de la Basilique Notre-Dame de la Garde, qui conçoit ce « nouvel Observatoire » dans un style néo-classique remarquable.
Au fil du XXe siècle, les astronomes professionnels ont progressivement migré vers des sites moins soumis à la pollution lumineuse : l’Observatoire de Haute-Provence à Saint-Michel-l’Observatoire, puis des sites en altitude au Chili, à Hawaï et ailleurs dans le monde. Depuis lors, le site de Longchamp n’est plus utilisé pour des observations scientifiques professionnelles. La recherche en astronomie marseillaise s’est, elle, déplacée vers le Technopôle de Château-Gombert en 2008.
Mais l’observatoire historique n’est pas pour autant abandonné. Bien au contraire.
L’association Andromède : l’astronomie accessible à tous
C’est grâce à l’association Andromède que le site vit encore et rayonne. Cette association anime régulièrement l’observatoire pour le grand public, les scolaires, les groupes et toute personne curieuse du ciel. Son programme est impressionnant pour un équipement de cette envergure.
Le site dispose de plusieurs espaces remarquables :
- Un planétarium proposant des séances d’initiation à l’astronomie (35 places maximum par séance)
- Une salle d’expositions temporaires consacrée aux dernières recherches scientifiques
- La coupole de la lunette astronomique de 26 cm de diamètre, datant du XIXe siècle
- La salle abritant le télescope de Foucault de 80 cm de diamètre, pièce maîtresse de la collection
L’observatoire propose également des expositions permanentes sur les planètes du système solaire, l’histoire du grand télescope et les instruments solaires. Des cours d’astronomie ouverts à tous, des rencontres entre enseignants et chercheurs, et des conférences thématiques complètent cette offre éducative et culturelle.
La soirée du 20 février : Jupiter, Saturne et la Lune au programme
La séance d’observation nocturne du 20 février 2026 fut l’occasion de pointer les instruments vers les objets les plus spectaculaires du ciel du moment. La Lune, aux trois-quarts pleine, offrait un spectacle saisissant à travers la lunette : cratères, mers lunaires, reliefs montagneux… chaque détail se découpait avec une netteté troublante.

Jupiter était au rendez-vous, avec ses bandes nuageuses colorées clairement visibles et, en cherchant bien, les quatre lunes galiléennes, Io, Europe, Ganymède et Callisto, alignées de part et d’autre de la planète géante. Un tableau que Galilée lui-même avait observé en 1610 avec un instrument bien moins performant.
Saturne a provoqué les premières exclamations de la soirée. Voir ses anneaux pour la première fois à travers un vrai télescope, c’est un moment que l’on n’oublie pas. La réalité de l’objet, un astre à plus d’un milliard de kilomètres, prend soudain une dimension concrète et presque vertigineuse.
Entre deux observations, le public pouvait se réchauffer et échanger avec les bénévoles de l’association, tous passionnés et formés pour vulgariser des notions parfois complexes avec une pédagogie remarquable.
On a pu également observer le passage des satellites de Starlink dans le ciel, à l’oeil nu, à un moment où on s’y attendait le moins.

Échange avec un membre de l’équipe Andromède : la vie extraterrestre en débat
La partie la plus mémorable de cette soirée n’était pas dans les oculaires, mais dans la conversation. Pendant près d’une demi-heure, j’ai eu la chance d’échanger avec un membre de l’équipe Andromède sur un sujet qui passionne autant les scientifiques que le grand public : l’existence possible de vie extraterrestre.
La discussion était d’une richesse rare. Loin des clichés hollywoodiens, son approche était ancrée dans la réalité de la recherche contemporaine. Il évoquait notamment les travaux autour des exoplanètes situées dans la zone habitable de leur étoile, c’est-à-dire à une distance permettant la présence d’eau liquide en surface, condition que l’on considère aujourd’hui comme fondamentale pour l’émergence de la vie telle qu’on la connaît.
La mission James Webb et ses capacités inédites d’analyse des atmosphères planétaires occupaient une bonne partie de nos échanges. Détecter des biosignatures, des molécules comme l’oxygène, le méthane ou la vapeur d’eau en combinaison suspecte, depuis des milliers d’années-lumière : une ambition qui paraît folle, mais qui commence à devenir techniquement envisageable.
Il abordait aussi la question de la vie microbienne dans notre propre système solaire : les océans souterrains d’Europe (lune de Jupiter) ou d’Encelade (lune de Saturne), potentiellement chauffés par des sources hydrothermales, sont devenus des cibles prioritaires des agences spatiales. Une forme de vie primitive, même unicellulaire, bouleverserait à elle seule notre vision du cosmos.
L’échange portait également sur le paradoxe de Fermi : si la vie intelligente est si probable statistiquement, pourquoi n’avons-nous encore capté aucun signal ? Plusieurs hypothèses furent évoquées, de la rareté effective de la vie complexe à la simple différence d’échelles temporelles entre civilisations. Un débat sans réponse définitive, mais qui donne à réfléchir longtemps après la fin de la soirée.
Pour les amateurs qui souhaitent approfondir les avancées récentes en matière d’observation spatiale, l’article de YubiGeek sur la comète interstellaire 3I/ATLAS et ce qu’elle révèle sur notre cosmos offre un éclairage complémentaire fascinant.
Informations pratiques pour visiter l’observatoire
L’Observatoire de Marseille est situé au 2, place Le Verrier, 13248 Marseille Cedex 04. L’entrée pour les visites se fait par la Place Rafer, boulevard Cassini.
Horaires d’ouverture au public :
- Le mercredi pendant l’année scolaire (14h à 17h30)
- Du lundi au samedi pendant les vacances scolaires (hors été)
- Du lundi au vendredi en juillet
- Fermé le dimanche et les jours fériés
- Fermeture annuelle en août
Les groupes, scolaires et centres aérés peuvent réserver tous les jours sauf le week-end. À noter : le planétarium n’accueille que 35 personnes par séance et l’accès est interdit aux enfants de moins de 4 ans.
Pour y accéder en transports en commun :
- Métro Ligne 1, station Cinq-Avenues – Longchamp
- Tram, station Longchamp
Un outil pour aller plus loin dans l’observation du ciel
L’astronomie amateur connaît un renouveau spectaculaire, notamment grâce à des instruments de nouvelle génération. Si la visite à l’observatoire vous a donné envie d’acquérir votre propre équipement, ce guide sur le télescope intelligent Vaonis Hyperia illustre parfaitement à quel point la technologie moderne transforme l’astrophotographie et l’observation amateur.
Une expérience à recommander sans réserve
L’Observatoire de Marseille n’est pas qu’un monument historique figé dans le passé. Grâce à l’association Andromède, il reste un lieu vivant, pédagogique et profondément humain, où des passionnés transmettent leur amour du ciel avec une générosité rare.
Que vous soyez néophyte complet ou amateur éclairé, une soirée d’observation y est une expérience hors du commun. Voir Jupiter et ses lunes, les anneaux de Saturne ou les cratères lunaires de ses propres yeux, pas sur un écran, pas sur une photo, mais à travers un vrai télescope, change quelque chose dans la façon dont on appréhende l’immensité de l’univers.
Et si en plus vous avez la chance d’échanger avec l’un des membres de l’équipe sur les grandes questions que se pose l’humanité depuis des siècles, vous repartez de là avec la tête dans les étoiles… au sens le plus littéral du terme.