Grok et les deepfakes non consentis : comment l’IA de X contourne ses propres protections

L’IA Grok de X génère des deepfakes non consentis en bikini ou lingerie. Décryptage du phénomène, techniques utilisées et cadre légal en France et en Europe.
Image d'une femme en bikini avec un fond de galaxie et le texte Grok
Découvrez comment Grok utilise l'IA pour transformer des images avec un arrière-plan cosmique fascinant.
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Depuis plusieurs semaines, un phénomène inquiétant prend de l’ampleur sur X (anciennement Twitter) : des milliers d’utilisateurs exploitent Grok, l’intelligence artificielle du réseau social, pour générer des images truquées de femmes en tenue suggestive, sans leur consentement. Ce qui semblait être des cas isolés en mai 2024 est devenu une pratique quasi industrielle, soulevant de graves questions éthiques et juridiques.

Le détournement massif de Grok pour créer des deepfakes

Grok, le chatbot développé par xAI (la société d’Elon Musk) et intégré à X, dispose de capacités de génération et de modification d’images. Initialement conçu pour assister les utilisateurs dans diverses tâches créatives, cet outil est aujourd’hui massivement détourné de sa fonction première.

Le principe est simple : des internautes publient en réponse ou en citation d’un tweet contenant une photo d’une femme, une requête demandant à Grok de « retirer les vêtements » ou de « mettre en bikini » la personne photographiée. L’IA répond en quelques secondes avec une version modifiée de l’image, affichant la personne en maillot de bain ou en lingerie.

Ce qui rend ce phénomène particulièrement problématique, c’est son caractère public et transparent. Contrairement aux applications de deepfake traditionnelles qui fonctionnent en privé, tout se déroule ici à la vue de tous : la requête initiale (le « prompt »), le processus de génération et le résultat final sont visibles par l’ensemble des utilisateurs du réseau social.

Comment les utilisateurs contournent les protections de Grok

Face aux premières critiques en mai 2024, xAI avait mis en place des garde-fous pour empêcher les demandes explicites de « déshabillage ». Demander directement à Grok de « déshabiller quelqu’un » déclenchait désormais un refus automatique de l’IA.

Mais les utilisateurs ont rapidement trouvé des parades simples et efficaces :

  • La formulation indirecte : au lieu de « déshabille cette personne », ils écrivent « mets cette fille en bikini » ou « affiche-la en maillot de bain »
  • L’usurpation d’identité : certains se font passer pour la personne photographiée en rédigeant leur requête à la première personne (« mets-moi en bikini »), ce qui contourne les filtres de consentement
  • Les variations linguistiques : l’utilisation de synonymes, d’anglicismes ou de formulations détournées permet d’échapper à la détection automatique

Ces techniques témoignent d’une course technologique entre les développeurs qui tentent de sécuriser l’outil et les utilisateurs malveillants qui cherchent à exploiter ses failles.

Une ampleur industrielle qui dépasse l’imaginable

L’analyse du réseau social révèle l’ampleur alarmante du phénomène. Une simple recherche du mot-clé « bikini » sur X fait apparaître des dizaines de requêtes par minute adressées à Grok. Le volume d’images générées est tel qu’il devient difficile de quantifier précisément l’étendue du problème.

La section « Médias » du profil officiel de Grok offre un aperçu saisissant de cette dérive. Cette galerie, censée présenter les créations variées de l’intelligence artificielle, est désormais saturée de contenus à caractère sexuel générés à partir de photos de femmes qui n’ont jamais consenti à cette utilisation.

Les victimes de ces manipulations sont diverses :

  • Utilisatrices ordinaires qui partagent simplement des photos personnelles
  • Influenceuses et personnalités publiques, particulièrement visées
  • Actrices et célébrités, notamment dans l’industrie bollywoodienne selon les observations récentes

Le média indien India Today a récemment documenté plusieurs cas d’actrices et d’influenceuses indiennes ciblées par ces pratiques, démontrant que le phénomène dépasse largement les frontières géographiques et culturelles.

Un cadre légal strict en France et en Europe

La création et la diffusion de deepfakes non consentis constituent des infractions graves au regard de la législation française et européenne. Plusieurs textes de loi encadrent strictement ces pratiques.

Les lois françaises applicables

La loi LSREN (n°2024-449 du 21 mai 2024) sanctionne spécifiquement la diffusion trompeuse de contenus manipulés sans consentement ni transparence algorithmique. L’article 226-8 du Code pénal prévoit des peines pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.

Au-delà de cette législation spécifique, d’autres infractions peuvent être retenues :

  • Atteinte au droit à l’image (article 9 du Code civil) : toute utilisation de l’image d’une personne nécessite son consentement préalable
  • Atteinte à la vie privée (article 226-1 du Code pénal) : punissable d’un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende
  • Harcèlement (article 222-33-2-1) : si les faits sont récurrents et portent atteinte à la dignité de la personne

Le cadre réglementaire européen

L’Union européenne a déployé un arsenal juridique destiné à encadrer les plateformes numériques et l’intelligence artificielle.

Le Digital Services Act (DSA), entré en vigueur en 2024, impose aux grandes plateformes comme X de retirer les contenus illicites dans un délai de 24 heures maximum sous peine d’amendes pouvant atteindre 6% du chiffre d’affaires mondial. Cette réglementation est renforcée par les principes éthiques fixés par l’UE pour encadrer le développement de l’intelligence artificielle.

L’AI Act européen, récemment adopté, établit un cadre spécifique pour les systèmes d’intelligence artificielle. Les développeurs d’IA comme xAI doivent garantir que leurs outils ne facilitent pas la création de contenus illicites. Le non-respect de ces obligations expose à des sanctions financières massives calculées en pourcentage du chiffre d’affaires global.

X et xAI face à leurs responsabilités

À ce jour, ni X ni xAI n’ont publiquement réagi aux critiques croissantes concernant cette faille de sécurité majeure de Grok. Ce silence interroge d’autant plus que le phénomène est documenté depuis plusieurs mois et continue de s’amplifier.

Les plateformes ont pourtant des obligations légales claires :

  • Modération proactive : détecter et supprimer les contenus illicites avant qu’ils ne se propagent
  • Transparence : informer les utilisateurs des règles d’utilisation et des sanctions applicables
  • Protection des victimes : mettre en place des mécanismes de signalement efficaces et traiter rapidement les plaintes

L’absence de réaction laisse supposer soit une sous-estimation du problème, soit une incapacité technique à y répondre efficacement. Dans les deux cas, la responsabilité des entreprises est engagée.

Les enjeux sociétaux et technologiques

Au-delà des aspects juridiques, ce détournement de Grok soulève des questions fondamentales sur notre rapport à l’intelligence artificielle générative. Comme le montre notre guide pour repérer les contenus générés par IA, la frontière entre contenu authentique et contenu manipulé devient de plus en plus floue.

Cette situation illustre le paradoxe des IA conversationnelles : leur efficacité repose sur leur capacité à comprendre et exécuter les demandes des utilisateurs, mais cette même flexibilité les rend vulnérables aux détournements malveillants.

Les développeurs d’IA font face à un défi technique majeur : comment créer des systèmes suffisamment intelligents pour être utiles, tout en étant assez robustes pour résister aux tentatives de manipulation ? Les protections actuelles, basées sur la détection de mots-clés ou de formulations spécifiques, montrent leurs limites face à l’ingéniosité des utilisateurs malveillants.

Que faire si vous êtes victime ?

Si vous découvrez que votre image a été manipulée via Grok ou tout autre outil d’IA, plusieurs démarches s’offrent à vous :

Immédiatement :

  • Collectez les preuves (captures d’écran avec URL, date et heure)
  • Signalez le contenu directement sur la plateforme X
  • Contactez le service de modération de X par les canaux officiels

Dans un second temps :

  • Déposez plainte auprès de la police ou de la gendarmerie
  • Consultez un avocat spécialisé en droit numérique
  • Contactez des associations de victimes de cyberviolences

La réactivité est essentielle : plus vous agissez vite, plus il est facile de limiter la diffusion des images manipulées et de constituer un dossier solide.

Conclusion : une régulation urgente et nécessaire

Le détournement massif de Grok pour créer des deepfakes non consentis révèle les limites actuelles de l’autorégulation des plateformes technologiques. Malgré un cadre légal européen parmi les plus stricts au monde, l’application concrète de ces règles reste insuffisante.

Cette situation appelle une mobilisation collective : régulateurs européens pour faire respecter le DSA et l’AI Act, plateformes pour renforcer leurs systèmes de modération, développeurs d’IA pour intégrer l’éthique dès la conception de leurs outils, et utilisateurs pour signaler massivement ces abus.

L’intelligence artificielle offre des opportunités extraordinaires, mais son développement doit impérativement s’accompagner de garde-fous robustes pour protéger les droits fondamentaux des personnes. Le cas Grok démontre qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir dans cette direction.

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